Début janvier 2019, le leader nord-coréen s’est rendu à Beijing pour rencontrer le président Xi Jinping. Les deux dirigeants ont discuté de la dénucléarisation de la péninsule coréenne et de la coopération entre leur deux pays.

Il est probable que la question de la participation nord-coréenne à la BRI est aussi été discutée.

De  nouvelles infrastructures pour Pyongyang

En 2018, Pyongyang et Séoul s’étaient accordés pour travailler ensemble à la création de nouveaux corridors et renforcer leurs échanges. Cette initiative répond au livre blanc intitulé « New Korean Peninsula Economic Map »  (la nouvelle carte économique de la péninsule coréenne), développé par le président sud-coréen Moon Jae-in. Pour que cette initiative soit un succès, elle demande aussi une plus grande connectivité entre la Corée du Nord et ses autres voisins : la Chine et la Russie. Elle nécessite aussi de lourds investissements dans les infrastructures nord-coréennes. Ces dernières n’ont pas été modernisées en raison des sanctions économiques imposées à Pyongyang.

Selon une étude réalisée par Citibank, la modernisation des infrastructures nord-coréennes de transports et d’énergie nécessiterait près de 63 milliards de dollars.

La création de nouvelles lignes ferroviaires, et notamment de lignes à grande vitesse est un projet prioritaire pour le leader nord-coréen. Séoul a déjà fait savoir que la Corée du Sud pourrait en partie financer certains projets.  

La BRI serait le format le plus adéquat pour développer ces projets d’infrastructures et renforcer la coopération entre la Corée du Nord et ses voisins.

Des obstacles surmontables 

Cependant l’intégration de la Corée du Nord à la BRI demande le franchissement de plusieurs obstacles, le premier étant celui des sanctions économiques contre Pyongyang. Le régime nord-coréen souffre de la mise en place de sanctions  imposées par la communauté internationale suite à ces premiers essais nucléaires réalisés en 2006. Sans la levée de ces sanctions, la Corée du Nord pourra difficilement rejoindre la BRI qui demande une très grande fluidité des échanges.

Les sanctions à l’encontre de Pyongyang pourraient être progressivement levées à mesure que le pays améliore ses relations avec Washington.  La seconde rencontre entre Kim Jong-un et Donald Trump qui devrait se dérouler à Danang au Vietnam pourrait déboucher sur une normalisation progressive des relations entre Pyongyang et le reste du monde.

Plusieurs observateurs notent qu’une intégration de la Corée du Nord à la BRI pourrait décrédibiliser le projet chinois et renforcer l’idée, fausse, que la BRI ne servirait qu’à renforcer l’influence chinoise en Asie.  Les problèmes  de gouvernance de la Corée du nord pourraient aussi donner une mauvaise image de la BRI dans son ensemble.

Un objectif partagé par l’ensemble de ses voisins

L’ouverture de la Corée du nord et son intégration aux réseaux régionaux, dont la BRI, sont des objectifs partagés par l’ensemble des états de l’Asie du Nord Est.

Tout d’abord, pour Séoul, cette intégration aurait de multiples avantages. La participation de la Corée du Nord à la BRI permettrait de moderniser rapidement ses infrastructures. Ses infrastructures vétustes sont souvent considérées comme l’un des freins à une éventuelle réunification coréenne. L’ouverture de nouvelles lignes de chemins de fer reliant les deux Corées permettraient aussi à Séoul d’accéder au réseau ferroviaire eurasiatique ce qui permettraient à ses entreprises d’exporter par le rail jusqu’en Europe.

Les projets de connectivité de la BRI en Corée du nord présenteraient plusieurs avantages pour Beijing.Premièrement d’un point de vue politique des investissements chinois et étrangers en Corée du Nord permettraient de consolider les réformes économiques que connait ce pays, et empêcherait un éventuel écroulement du pays (prévision qui avait été un temps envisagée par de nombreux pays  de la communauté internationale) et ainsi la Chine éviterait une situation chaotique à ses portes.  De plus la réalisation de projets BRI en Corée du nord, notamment dans les infrastructures, pourrait donner un nouveau souffle aux provinces du Nord Est chinois (Dongbei, ou l’ancienne Mandchourie). Malgré les plans de revitalisations mis en place depuis une quinzaine d’années, la région a toujours du mal à suivre le développement économique du reste du pays. La réalisation de projets BRI de l’autre côté de la frontière en Corée du Nord lui offrirait de nouvelles opportunités.

De son coté, la Russie  espère développer depuis plusieurs années son extrême orient et notamment la région de Vladivostok. La participation de Pyongyang à la BRI donnerait un nouveau souffle au port russe qui pourrait devenir un hub maritime important pour de futures zones économiques spéciales à la frontière sino-coréenne.

Le Japon verrait aussi d’un bon œil la réalisation de projets BRI en Corée du nord. Tout d’abord, bien qu’il n’ait pas officiellement rejoint la BRI, le Japon est impliqué dans les nouvelles routes de la soie, à travers certaines de ses entreprises et aussi au plus haut niveau depuis septembre 2018 en participant avec la Chine à un comité de coopération ferroviaire. La participation de Pyongyang à la BRI pourrait aussi rassurer Tokyo quant aux réels efforts menés par la Corée du nord pour adopter une politique de bon voisinage.  En augmentant l’interdépendance entre Pyongyang et ses voisins, les risques de tensions en Asie du nord-est diminueraient.

La participation de Pyongyang à la BRI  n’est pas aujourd’hui d’actualité. Mais cette question devrait de se poser de plus en plus fréquemment à mesure que Pyongyang s’ouvre sur le reste du monde. La BRI permettra d’accompagner sereinement Pyongyang dans ses réformes, ainsi que de créer une dynamique d’intégration en Asie du Nord Est. Cette  adhésion devrait être soutenue par l’ensemble des états de la région. 

Pyongyang intéressée par les nouvelles routes de la Soie
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