La tournée africaine de Xi Jinping

Dès son origine, la BRI a inclus le continent africain, en imaginant de nouvelles connections avec les côtes de l’Afrique de l’Est. Aujourd’hui, après la tournée africaine du président Xi Jinping, c’est tout le continent qui devrait rejoindre les nouvelles routes de la Soie.

Après une première escale aux Emirats Arabes Unis, Xi Jinping s’est rendu du 21 au 28 juillet 2018  dans quatre pays africains dont l’Afrique du Sud, où il a participé au 9e sommet des BRICS.

Sa première étape était le Sénégal. Xi Jinping y a rencontré le président Macky Sall.  Les deux états ont conclu plusieurs accords, notamment un mémorandum d’entente sur l’initiative “Belt and Road”, ainsi le Sénégal rejoint les nouvelles routes de la Soie.

Lors de son séjour, Xi Jinping a pu visiter plusieurs infrastructures financées grâce à la coopération chinoise notamment le futur Musée des Civilisations Noires. La Chine est très présente dans la construction de nouvelles infrastructures au Sénégal, mais Dakar espère attirer encore plus d’investissements chinois notamment de la part des petites et moyennes entreprises de divers secteurs dans ses nouveaux parcs industriels comme celui de Diamniadio. Un des objectifs est de copier la réussite de l’Ethiopie qui connait un essor économique grâce en partie aux investissements chinois dans le textile.

Jusqu’à maintenant, les entreprises chinoise ont plutôt privilégié les états anglophones et lusophones dans leur implantation en Afrique. Le Sénégal espère devenir la nouvelle tête de pont des investissements chinois en Afrique francophone.

La deuxième étape de cette tournée africaine était Kigali, la capitale du Rwanda. Le président Paul Kagame a lui aussi engagé son pays sur les nouvelles routes de la Soie avec la signature d’un accord d’engagement dans la BRI.  Le Rwanda est une destination importante des investissements chinois en Afrique. Sa stabilité, son régime fiscal pour les entreprises étrangères ont permis au Rwanda de devenir un hub dans le domaine de la logistique et des services pour les entreprises chinoises en Afrique.

En février 2018, la Chine et le Rwanda signaient un accord de coopération d’un montant de 32 millions de dollars notamment pour l’extension d’une université et des projets de forage.

Lors de la visite du Président Xi Jinping d’autres accords ont été signés notamment dans les domaines du transport aérien et du e-commerce.

En Afrique du Sud, troisième état visité lors de cette tournée africaine, Xi Jinping a participé au sommet des BRICS, durant lequel il a défendu le libre échange. Il s’est auparavant entretenu avec le président sud-africain Cyril Ramaphosa et a déclaré que la Chine allait augmenter ses importations en provenance d’Afrique du Sud. Là encore, de nouveaux accords ont été signés.

Sur le chemin du retour, le président Xi Jinping s’est arrêté à l’île Maurice, dernière destination de sa tournée africaine, où il a pu s’entretenir avec le premier ministre Pravind Jugnautaut.  La Chine a beaucoup investi sur  l’île Maurice; des entreprises chinoises sont à l’origine de la principale smart city de l’île:  Jinfei Economic, Trade & Cooperation Zone. Les deux états ont signé en décembre 2017 un mémorandum d’entente sur l’ouverture de négociations pour un éventuel accord de libre échange, le premier entre la Chine et un état africain.

De nombreuses entreprises chinoises sont déjà présentes sur l’île Maurice qui  espère attirer un plus grand nombre  de touristes en provenance de Chine.

Une forte demande pour les infrastructures

L’Afrique connait une forte croissance économique et urbaine. C’est aujourd’hui le continent qui s’urbanise le plus rapidement. En 2017, le Rwanda a enregistré un taux de croissance urbaine de 5,6%! De plus, de nombreux états africains ne sont qu’au début de leur processus d’urbanisation.  Pour faire face au mal-logement et aux problèmes environnementaux liés à l’urbanisation, l’Afrique a un besoin urgent en infrastructures dans les transports, l’énergie, et la gestion des ressources. La volonté de la Chine de participer à la construction de ces infrastructures est très appréciée par les états africains.

World Bank

La Chine a elle aussi du faire face à une urbanisation rapide. Les solutions que développe la Chine en matière d’urbanisation durable devraient intéresser les villes africaines.

L’Europe  et les nouvelles routes de la Soie en Afrique

La Chine est devenue depuis quelques années l’un des principaux partenaires commerciaux des états africains,  c’est le second du Sénégal après la France, et le premier du Rwanda. Comment les investisseurs européens doivent-ils appréhender cette nouvelle tendance? La présence chinoise en Afrique est souvent perçue comme une menace pour les entreprises européennes.

Bien sûr, la puissance de Beijing devrait renforcer le poids des entreprises chinoises sur le continent, mais ces projets devraient aussi permettre de créer de nouvelles opportunités pour les Européens.

Tout d’abord, le développement de l’initiative “Belt and Road” sur la façade atlantique du continent africain devrait booster les échanges avec les ports européens.

La réduction des barrières tarifaires et non-tarifaires (un des objectifs de la BRI) associée au développement du transport interrégional en Afrique devrait permettre l’émergence d’un marché africain moins fragmenté auquel les entreprises chinoises et européennes auront plus facilement accès.

L’arrivée de nouvelles entreprises et le développement  de nouvelles infrastructures en Afrique devraient créer de nouveaux débouchés pour les jeunes africains, et pourraient ainsi avoir un impact sur l’émigration illégale vers l’Europe.

Les challenges de l’Afrique

Au delà des accords de principe avec la Chine, le continent africain devra surmonter plusieurs obstacles pour intégrer réellement les nouvelles routes de la Soie.

Le premier challenge, est celui de la sécurité notamment dans les états du Sahel. La lutte contre le terrorisme islamique doit continuer à être une priorité pour les états africains et la Chine.

Plusieurs projets d’infrastructures ont ainsi retardés en raison de menaces terroristes. C’est le cas notamment de la ligne ferroviaire Dakar-Bamako qui devait être construite par “China Railway Construction”, mais le risque terroriste (5 employés chinois ont été tués dans la région de Tombouctou an Mali en décembre 2017), a poussé Dakar et Beijing à revoir ce projet  qui dans un premier temps s’arrêtera à la frontière entre le Sénégal et le Mali.

La Chine s’est engagée dans le financement de la force G5 pour sécuriser la région du Sahel,  mais pour que de nouvelles infrastructures régionales voient le jour, Beijing devra participer encore plus activement à la sécurisation des zones menacées par le terrorisme.

Le second pari est celui de la coopération interrégionale en Afrique; des lignes ferroviaires reliant l’Océan atlantique à l’Océan indien ne pourront voir le jour que grâce à une meilleure coopération interafricaine.  Les états africains devront réfléchir à unifier leurs marchés et à réduire leur concurrence.  En septembre 2018, se déroulera à Beijing le Forum Chine-Afrique, les états africains devront présenter un projet de coopération qui englobe toute l’Afrique pour réellement intégrer la BRI.

L’Afrique un continent lié aux nouvelles routes de la Soie
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