Par Dr. Sébastien Goulard

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Fin avril 2020, le ministère chinois du logement et du développement urbain et rural, a annoncé que dorénavant la taille des nouveaux immeubles ne devrait pas, sauf exception, dépasser les cinq cents mètres  de hauteur et que la construction d’immeubles de plus de 250 mètres de hauteur serait restreinte.

Cette décision va plus loin qu’un simple changement architectural, et illustre la transformation de la Chine, et pourrait faire évoluer l’initiative « Belt and Road ».

Un changement de panorama

Les villes chinoises sont parmi celles qui abritent le plus de gratte-ciels. La Chine est le pays qui avec  plus de 2000 immeubles de plus de 150 mètres de hauteur  compte le plus de gratte-ciels. Sept villes chinoises (Shanghai, Tianjin, Guangzhou, Shenzhen, Beijing et Taipei) présentent des immeubles d’une hauteur de plus de 500 mètres. Ces gratte-ciels ont construit le panorama de certaines villes chinoises et illustrent le dynamisme économique que la Chine a connu notamment dans les années 1990 avec le développement de la ville de Shenzhen, ou la construction du quartier des affaires de Pudong à Shanghai. Des tours emblématiques ont été érigées comme la Shanghai Tower, second immeuble le plus haut du monde avec 632 mètres, le Ping An Finance Center de Shenzhen (599 mètres) ou encore le CTF Finance Center à Guangzhou (530 mètres)

Mais depuis plusieurs années déjà, ce n’est plus en Chine que l’on trouve les immeubles les plus hauts, mais dans les états du golfe arabique, avec notamment à Dubaï, la tour Burj Khalifa qui atteint 828 mètres.

La Chine a donc décidé de ne pas entrer dans cette compétition et de privilégier une autre urbanisation qui correspond mieux à son nouveau modèle économique.

Innovation et traditions

En plus de décourager la construction d’immeubles toujours plus hauts, le ministère encourage les architectes à innover. Il ne sera plus possible de copier des bâtiments étrangers ou nationaux. Ainsi on ne construira plus de nouvelles tours Eiffel en Chine. Pour se démarquer, les architectes devront se tourner vers le patrimoine local. D’autre part, les bâtiments de formes ou styles étranges ne seront plus autorisés. L’objectif de cette mesure est que les nouveaux immeubles s’intègrent plus facilement dans le paysage urbain, et que se développe une véritable harmonie. Il s’agit aussi pour les habitants de se réapproprier leur ville. Selon cette circulaire, l’avis des résidents sera pris en compte dans le processus de décision concernant la construction d’immeubles emblématiques, et les anciens immeubles qui font le patrimoine des villes chinoises seront mieux protégés.  

Une urbanisation plus durable

Il s’agit aussi d’utiliser plus raisonnablement les ressources disponibles ; les nouveaux immeubles des villes chinoises seront donc moins hauts, mais plus économes en énergies et aussi moins chers à construire. C’est le défi que pose cette politique qui encourage aussi la construction d’immeubles plus verts pour réduire l’impact environnemental des centres urbains chinois.

Prime à la qualité

Cette transformation de l’architecture des villes chinoises traduit le nouvel modèle économique que la Chine est en train d’appliquer. En mai 2020, le premier ministre chinois Li Keqiang a annoncé que pour la première fois, aucun objectif de taux de croissance ne sera dévoilé. Bien sûr, cette décision résulte en partie de la crise causée par la Covid-19, mais pas uniquement. On peut comprendre que pour la Chine, la croissance économique n’est plus l’Alpha et l’Oméga. Si cette croissance est bien sûr nécessaire, l’objectif est avant tout de privilégier un développement plus équitable et durable, et l’on peut affirmer que la qualité prime aujourd’hui sur la quantité. Ainsi, l’objectif n’est plus de construire des immeubles plus hauts, mais de meilleure qualité.

Quelles conséquences sur la BRI ?

La Chine continue d’inspirer le monde entier et notamment les pays en développement que ce soit en Asie ou en Afrique, où les enjeux de développement urbain sont très présents. En appliquant ces nouvelles règles, la Chine envoie un message au reste du monde en matière de grands projets et d’urbanisme.

Certains projets liés à la BRI ont été critiqués par le passé pour être trop massifs et déconnectés des réalités ; on peut donc espérer qu’en opérant ce tournant, les nouveaux projets de la BRI soit de taille plus modeste et qu’ils s’intègrent mieux dans l’économie locale.

Un deuxième point concerne le patrimoine local. Avec cette mesure, la Chine espère mieux protéger son patrimoine urbain. Les états de la BRI pourraient par la suite appliquer ce savoir faire à leurs propres villes, et décider d’appliquer des mesures similaires.

Une carte pour l’Europe ?

Ce changement de politique urbaine en Chine pourrait entrainer une plus grande coopération avec les villes européennes. Sur le continent européen, les gratte-ciels sont peu nombreux et limités à quelques quartiers d’affaires. La priorité a été donnée à la préservation du patrimoine et à la qualité de vie. Voici donc un autre thème sur lequel la Chine et l’Europe peuvent coopérer.

Des tours moins hautes en Chine, quel impact pour la BRI ?
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