En janvier 2019, plusieurs états du Moyen-Orient ont annoncé leur intérêt pour le port de Gwadar au Pakistan. Le port de Gwadar est l’un des projets phares du Corridor Economique Chine-Pakistan (CECP). Grâce à l’ouverture du CECP au reste du monde, le port de Gwadar a toutes les chances de devenir un hub majeur reliant la Chine, l’Asie du Sud, le Moyen-Orient et l’Afrique.

Un port stratégique pour le Pakistan et la Chine

Ce n’est qu’en 2007 que le port en eau profonde de Gwadar  a été inauguré par le président Musharraf. Construit  grâce au soutien technique et financier de la Chine, le développement du port de Gwadar devient un projet du Corridor Economique Chine Pakistan en 2015. L’un des objectifs de la Chine est de créer une nouvelle route reliant ses provinces occidentales à la mer d’Oman ; cette ambition passe par la modernisation de la route de Karakoram, le développement de nouvelles infrastructures au Pakistan et enfin la construction d’un port majeur, celui de Gwadar.

Cette fonction stratégique n’est pas réellement nouvelle. Il faut se rappeler que jusqu’en 1954, le port de Gwadar  était sous la souveraineté du sultanat d’Oman.

La présence omanaise à Gwadar remonte  à 1784 au Sultan bin Ahmad. Au début du 20e siècle, le Raj britannique proposait de racheter Gwadar à Oman, mais les négociations n’aboutirent pas. Les demandes britanniques se firent pus pressantes  après qu’aient été menées des explorations sur la présence de gisements de pétrole près de Gwadar, et le sultan omanais d’alors aurait été prêt d’accepter l’offre britannique en l’échange d’un appui militaire contre des mouvements rebelles.

Des négociations reprennent en 1939, toujours sans résultats. Ce n’est qu’au lendemain de la seconde guerre mondiale que la question de Gwadar refait surface.  Après la partition des Indes en 1947, Gwadar est dirigé par un administrateur indien pour le compte du sultan d’Oman.  Face aux tensions grandissantes avec le nouvel état pakistanais qui espère récupérer le port de Gwadar (en 1954, le Pakistan note que le potentiel stratégique de Gwadar), et en raison des bonnes relations qu’entretien le sultanat avec New Delhi, le sultanat offre Gwadar non pas au Pakistan mais à l’Inde, mais celle-ci refuse. En 1958, Oman vend alors le port de Gwadar au Pakistan pour trois millions de dollars qui depuis fait partie de la province du Baloutchistan.

Le port de Gwadar reste à l’écart de l’agitation du monde et abrite quelques villages de pêcheurs, il faut attendre  le 8e plan quinquennal  en 1993 pour que le Pakistan envisage le développement du port de Gwadar. Après la chute de l’empire soviétique, le Pakistan espère faire de ce port un hub commercial et énergétique pour les nouvelles républiques enclavées d’Asie centrale. Mais la guerre civile en Afghanistan (1992-1996) puis l’instauration du régime des Talibans (1996-2001) et enfin la seconde guerre d’Afghanistan à parti de 2001 mettent fin, pour un temps, aux rêves de connections avec l’Asie centrale. Mais, au même moment, la Chine cherche des alternatives au passage du détroit de Malacca, et va apporter son aide à Islamabad pour développer  Gwadar.

Les investissements chinois à Gwadar

La Chine devrait investit près de 54 milliards de dollars dans le CECP, et Gwadar est devenu depuis 2015 une priorité pour les investissements chinois dans la région. L’un des objectifs de Beijing est de développer le port,  qui sera géré par l’entreprise China Overseas Port Holding pour quarante ans, et d’y créer des zones économiques spéciales qui abriteront usines , entreprises de logistiques, hôtels…

Il s’agit en fait de construire une ville nouvelle. La Chine devrait y construire un hôpital, mais aussi des centres éducatifs.

Aujourd’hui peuplée de 70000 habitants, la ville de Gwadar pourrait atteindre une population de deux millions d’habitants pour 2030. 

Un hub international

Au centre des attentions chinoises dans la région, le port de Gwadar est en train de devenir un hub mondial. Le cas de Gwadar nous montre comment l’initiative « Belt and Road » doit fonctionner. La BRI a pou objectif de créer les conditions au développement, et ne doit en aucun cas être considéré comme un seul projet chinois. En septembre 2018, le Pakistan et la Chine ont annoncé l’ouverture du le CECP aux états tiers.

Les infrastructures et investissements chinois à Gwadar rendent la ville plus attractive pour l’ensemble des investisseurs, notamment pour ceux du Moyen-Orient, qui sont les premiers à avoir manifesté leur intérêt pour le port pakistanais.

Le principal investisseur serait l’Arabie Saoudite qui devrait construire une raffinerie à Gwadar et ainsi faire de Gwadar un centre majeur du traitement des hydrocarbures dans la région. Le contrat devrait être signé en février, à l’occasion de la prochaine visite du prince Prince Mohammad bin Salman au Pakistan. Ryad devrait aussi annoncer d’autres projets à Gwadar.

Le nouvel aéroport de Gwadar qui devrait être le plus grand du pays, et dont la construction commencera cette année, est financé en partie grâce au sultanat d’Oman.

Le Qatar, qui pourtant fait face à l’hostilité de Ryad, réfléchit  lui-aussi à développer des projets à Gwadar dans les secteurs agroalimentaires et celui du gaz.

On constate ainsi que le CECP et les premiers investissements chinois à Gwadar  devraient permettre de rendre plus viable l’ensemble des projets pour le port pakistanais.

Les défis de Gwadar

Pour réaliser ses ambitions, le port de Gwadar doit faire face à de nombreux défis. L’un d’entre-eux concerne l’approvisionnement en eau douce et la production d’électricité. Jusqu’à aujourd’hui, Gwadar n’est pas relié au réseau national et dépend des approvisionnements électriques du voisin iranien. Mais, des investissements majeurs pourront résoudre rapidement cette question et permettre la croissance des activités dans ce port.  Après plusieurs années de retard,  cet été, le gouvernement central et les autorités du Baloutchistan ont confirmé la construction par China Power Company d’une centrale à charbon  de 300 mégawatts. En janvier 2018, une usine de désalinisation a été inaugurée  pour faire face aux besoins grandissants des habitants du port. Nul doute que d’autres investissements de ce type devront être réalisés. Le deuxième principal défi auquel la Chine et le Pakistan devront faire face à Gwadar concerne l’intégration et le développement de la population locale.

La province du Baloutchistan où se trouve Gwadar est l’une des plus pauvres du pays et souffre de certaines tensions séparatistes. Les projets menés à Gwadar devront être accompagnés d’initiatives sociales, pour que les habitants bénéficient du CECP et travaillent sur les nouveaux sites de Gwadar.  Il est à noter que cette dimension sociale est prise en compte par les autorités chinoises et pakistanaises. Ainsi, selon l’entreprise China Power Company, les habitants les plus pauvres de Gwadar et des alentours devraient bénéficier d’une électricité gratuite pour les aider à sortir de la pauvreté.  Selon une étude pakistanaise, le développement du port de Gwadar et l’ensemble des projets du CECP devraient créer près de 700 000 emplois directs pour 2030.

Et l’Europe ?

A ce jour, les états européens n’ont pas de stratégies définies concernant le développement du port de Gwadar. Cependant, Gwadar pourrait peu à peu devenir plus visible des autorités européennes. L’équipe d’OBOreurope et le cabinet Cooperans encouragent pourtant l’ensemble des entreprises européennes à s’intéresser à ce nouveau port qui a le potentiel pour devenir un nouveau Dubaï. Bien que le Pakistan peut malheureusement faire face à des risques de terrorisme, le pays a de nombreux atouts pour attirer les investisseurs étrangers. La construction  d’infrastructures moderne et le développement du port de Gwadar devraient créer de nouvelles opportunités pour les entreprises européennes. 

Gwadar et le pari de la mondialisation
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