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Par Kerven Choganov

Le Turkménistan s’ouvre progressivement sur monde grâce au développement de projets d’infrastructure de grande échelle dans l’énergie et les transports. Idéalement situé entre l’Asie centrale, le Moyen-Orient, l’Asie du Sud et le Caucase, le Turkménistan peut devenir une plaque tournante majeure lorsque de nouvelles réformes seront menées en collaboration avec les autres états de la région. Pour atteindre cet objectif, une coopération accrue doit être menée. Ainsi, en juin 2016, à Tachkent, le président du Turkménistan, Gurbanguly Berdimuhamedov, a rencontré le président chinois Xi Jinping et a discuté de la poursuite de la coopération dans le cadre de l’initiative chinoise « Belt and Road ». Fin novembre 2019, le président du Turkménistan a rencontré le président de l’Ouzbékistan Mirziyoyev pour discuter du renforcement des échanges et de l’amélioration des transports en Asie centrale.

La Chine et l’Asie centrale

Après l’effondrement de l’Union soviétique, la Chine a établi de bonnes relations diplomatiques, économiques et culturelles avec ses voisins d’Asie centrale: le Turkménistan, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Les cinq pays ont signé des accords stratégiques avec la Chine. La politique étrangère de la Chine en Asie centrale est issue des cinq principes de la coexistence pacifique (introduits pour la première fois en 1954 pour caractériser les relations sino-indiennes): 1) le respect de l’intégrité territoriale et de la souveraineté, 2) la non-agression, 3) la non-ingérence dans les affaires internes, 4) les bénéfices mutuels, et 5) la coexistence pacifique. Par conséquent, pour contribuer au développement global de l’Asie centrale et accroître son intégration, la Chine a financé et investi massivement dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures et de l’extraction des ressources naturelles dans les États d’Asie centrale. Ces investissements ont offert à la Chine un meilleur accès aux nouveaux marchés de la région et une sécurité énergétique, ils ont aussi assuré la croissance économique des états d’Asie centrale. Grâce à ces relations mutuellement bénéfiques, le volume des échanges bilatéraux a été multiplié par 100 depuis 1992, ce qui fait de la Chine le principal partenaire commercial de la région.

La Chine et le Turkménistan

Le Turkménistan, stratégiquement situé au carrefour des routes Est-Ouest et Nord-Sud, était historiquement le berceau de nombreuses civilisations et une destination importante des anciennes routes de la soie. Aujourd’hui, le pays possède de nombreuses ressources naturelles (le Turkménistan est au 4erang pour les réserves en gaz naturel selon la BP Statistical Review of World Energy, 2018). La Chine a établi des relations diplomatiques avec le Turkménistan dès 1992. Depuis lors, les deux États ont renforcé leur coopération, et se sont soutenus mutuellement dans leurs politiques de développement et maintiennent une coordination étroite dans les affaires internationales et régionales. La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial du Turkménistan (en 2016, 70% des exportations turkmènes, constituées principalement de gaz naturel) étaient destinées à la Chine), tandis que le Turkménistan est devenu le troisième partenaire commercial de la Chine parmi les membres de la Communauté des États Indépendants.

Le Gazoduc Turkménistan – Chine

Sur la base d’un accord de partage de la production signé par China National Petroleum Corp (CNPC) et les autorités du Turkménistan en 2007, le Turkménistan devrait exporter 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel en Chine chaque année pendant 30 ans à travers 4 pipelines: la ligne A (opérationnelle depuis 2009), la ligne B (devenue opérationnelle depuis 2010), la ligne C (opérationnelle depuis 2014) et la ligne D (qui devrait être opérationnelle en 2020). Les gazoducs partent de la frontière entre le Turkménistan et l’Ouzbékistan, passent par l’Ouzbékistan et le Kazakhstan et se connectent au gazoduc Ouest-Est à Khorgos, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang. Pour la Chine, ces gazoducs répondent à une demande croissante en énergie et participent à la stratégie gaz-charbon appliquée pour réduire la pollution atmosphérique du pays. Avec ce gazoduc, un total de 277,4 milliards de mètres cubes de gaz naturel a été livré à la Chine en juin 2019 pour 500 millions de personnes dans 27 provinces et régions de la Chine. D’autre part, il a été estimé par CNPC que les importations quotidiennes de 39 millions de mètres cubes de gaz turkmène couvraient un tiers de la consommation chinoise de gaz en hiver, réduisant ainsi  la consommation de charbon de 63 000 tonnes par jour, et par conséquent améliorant la qualité de l’air. Pour le Turkménistan, l’exportation de gaz naturel vers la Chine permet de diversifier ses exportations d’énergie vers l’Est. Il s’agit donc d’un projet «gagnant-gagnant» pour l’ensemble des parties.

Le Corridor de transport international Nord-Sud

vLa position géographique du Turkménistan en fait l’un des membres les plus importants du corridor de transport international Nord-Sud qui assure la connexion ferroviaire entre la Russie, le Kazakhstan, le Turkménistan et l’Iran. Le corridor offre également une connexion ferroviaire Chine-Kazakhstan-Turkménistan-Iran (environ 10 400,00 km). Ce corridor vise à accroître l’intégration économique et la coopération entre les pays participants: la Russie, l’Iran, le Turkménistan, le Kazakhstan et la Chine. Bien que les coûts de transport restent encore relativement élevés, cette voie est plus rapide que les routes maritimes (il ne faut que 14 jours pour atteindre Téhéran depuis le centre de la Chine par chemin de fer, au lieu de 45 à 50 jours par voie maritime). Elle offre des itinéraires alternatifs vers les marchés mondiaux et c’est le premier corridor ferroviaire entre l’Asie de l’Est et l’Asie méridionale. De plus, le Turkménistan pourrait devenir une plaque tournante du corridor Chine-Azerbaïdjan-Europe via le port maritime de Turkmenbashi au Turkménistan au bord de la mer Caspienne. Parallèlement au golfe Persique, les marchandises chinoises peuvent également accéder facilement à l’Europe à travers ce couloir.

Le Corridor de transit international du Lapis-lazuli

Le Turkménistan contribue activement à la paix et à la reconstruction de l’Afghanistan. Le Turkménistan a fortement soutenu la réalisation du couloir de transit international du Lapis Lazuli, qui vise à intégrer l’Afghanistan au reste du monde grâce à un nouveau chemin de fer passant par le Turkménistan, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie. Le corridor est opérationnel depuis 2018 et il joue un rôle essentiel dans la croissance économique de l’Afghanistan. Grâce à la connexion entre le couloir Lapis Lazuli et le couloir Nord-Sud au Turkménistan, l’Afghanistan et la Chine peuvent échanger davantage de marchandises. En raison de la contribution de ce corridor à la sécurité de la région et au développement en Afghanistan, la Chine a soutenu les initiatives du Turkménistan pour la mise en œuvre de ce projet.

Le Projet de gazoduc Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde (TAPI)

Il s’agit d’un gazoduc financé en partie par la Banque Asiatique de Développement et le projet est en construction au Turkménistan. L’objectif de ce projet est de fournir 33 milliards de mètres cubes de gaz naturel turkmène par an, dont 5 milliards de mètres cubes seront fournis à l’Afghanistan et 14 milliards de mètres cubes au Pakistan et à l’Inde. Depuis le début du XXIe siècle, l’instabilité économique et politique en Afghanistan est une menace constante pour la sécurité de la région. L’importation de 5 milliards de m3 de gaz turkmène par an à un prix subventionné devrait stimuler l’économie afghane en créant des opportunités pour les entreprises locales et de nouveaux emplois. En outre, le TAPI améliorera non seulement la situation économique actuelle de l’Afghanistan, mais le projet réunira également toutes les parties du pays. Ainsi, les Talibans se sont engagés à coopérer pour la construction du TAPI, qui, selon eux, serait un élément important dans la reconstruction des infrastructures économiques d’Afghanistan. Par conséquent, dans l’intérêt de la contribution du projet à la stabilité et à la paix dans la région, la Chine soutient les phases de la réalisation du TAPI.

Tous les projets de corridors et d’infrastructures énergétiques susmentionnés ont été planifiés avant le lancement de la BRI par la Chine et il s’agissait de projets régionaux avec une capacité limitée. Lorsque ces projets ont commencé à être coordonnés avec la BRI, ils sont devenus partie intégrante de l’agenda mondial pour la sécurité énergétique e les corridors intercontinentaux. Mais ces corridors ne suffiront pas à renforcer la connectivité entre les pays enclavés d’Asie centrale et les marchés mondiaux. La BRI vise également à réduire les barrières artificielles à la circulation des marchandises, des services, des capitaux et des connaissances le long des nouvelles routes de la soie. Le Turkménistan et les autres pays d’Asie centrale devront continuer à coordonner leurs projets et politiques afin que les investisseurs chinois et des autres pays de la BRI mènent des projets dans la région.

Kerven Choganov poursuit actuellement un programme de MSc de commerce et développement international à Birkbeck, Université de Londres, pour lequel il a reçu une bourse “Chevening Scholarship of Foreign & Commonwealth”. Ses recherches de Master se concentrent sur le développement international et les projets d’investissement en Asie.

Les corridors stratégiques du Turkménistan
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