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Le réseau « Blue Dot » développé par les Etats-Unis n’est pas l’unique projet de connectivité dévoilé cet automne.  Fin septembre 2019, à l’occasion du Forum de Connectivité UE-Asie, Jean-Claude Juncker, président de la Commission Européenne et Abe Shinzo, premier ministre japonais, ont annoncé le lancement du Partenariat de Connectivité Durable et d’Infrastructures de Qualité.

Cet accord entre l’Union Européenne et le Japon a pour objectif de coordonner leurs efforts dans les projets de connectivité en Europe, Asie et Afrique. Ce partenariat couvre de nombreux aspects tels que l’énergie, les transports, les nouvelles technologies, et les échanges culturels. S’agit-il d’une possible  alternative à la BRI comme  l’ont annoncé certains médias, ou d’un projet complémentaire ?

Le Partenariat de Connectivité Durable et d’Infrastructures de Qualité

Ce projet est né principalement de la volonté de Bruxelles et de Tokyo de se rapprocher, et fait suite à  l’accord de partenariat économique entre l’UE et le Japon qui est entré en vigueur en février 2019, créant ainsi l’une des principales zones de libre-échange au monde. A travers ce projet, l’UE et le Japon veulent répondre à leur manière aux préoccupation formulées par la Banque Asiatique pour le Développement sur les besoins en infrastructures du continent asiatique. Selon la BAD, l’Asie nécessiterait près de 22 mille milliards de dollars d’investissements dans ses infrastructures pour 2030.

Le partenariat de connectivité UE-Japon permettra le financement de certaines infrastructures notamment avec la participation d’institutions financières privées. Confrontée à un contexte économiques difficile, l ’UE a déjà annoncé qu’elle financera ce projet à hauteur de 60 milliards d’euros, ce qui semble être un budget relativement modeste par rapport aux centaines de milliards que la Chine investit dans la BRI.  L’UE et le Japon se sont engagés à financer des projets de qualité qui auraient un impact fort en termes de connectivité. Alors que la BRI a été, à ses débuts, critiquée pour de possibles problèmes d’endettement dans les pays-hôtes, le Japon et l’Union Européenne vont donner toute leur attention à ces questions. Ainsi, pour Abe Shinzo les projets soutenus par ce partenariat seront transparents, justes, ouverts à tous, et ne devraient pas fragiliser les états receveurs. L’Union Européenne et le Japon ont tous les deux une forte expérience dans la conduite de projets de coopération. Une plus forte coordination entre les deux puissances devrait multiplier les résultats.

Une forte dimension de ce projet concernera l’économie digitale et les data afin que les entreprises européennes et japonaises pussent mieux défendre leurs intérêts dans l’économie de demain.

Ce nouveau partenariat fait suite à la stratégie européenne de connectivité Europe-Asie annoncé par la Commission Européenne en septembre 2019. Cependant, l’application concrète de projets relatifs à cette stratégie a pris du retard.

Quelle relation avec la Chine ?

Pour l’Europe, ce nouveau programme permet avant tout d’être plus présent sur un continent qui a longtemps été négligé par Bruxelles. On peut tout d’abord analyser cet accord comme la volonté de Bruxelles et de Tokyo de peser sur la scène internationale dans un contexte de confrontation entre la Chine et les Etats-Unis. Avec ce nouveau programme, le Japon et l’Union Européenne, tous deux puissances économiques, mais nains politiques, espèrent recevoir plus d’attention du reste du monde.

Pour l’UE, ce projet, qui a pour objectif de développer des infrastructures en Asie, mais aussi dans son voisinage immédiat, c’est-à-dire dans les Balkans occidentaux et le Caucase, est un moyen de s’affirmer face aux autres puissances comme la Chine et la Russie dans des régions qu’elle considère comme stratégiques. Depuis 1996, l’Union Européenne finance son projet d’infrastructures de transports (le réseau transeuropéen de transport) qui en 2017 a été étendu aux états du partenariat oriental et les états des Balkans. C’est donc un moyen de mieux connecter l’Union avec son entourage immédiat, et d’investir dans des états qui ont vocation à entrer dans l’UE comme le Monténégro où la Chine est aussi très présente.

Cependant, ce projet mené par l’Union Européenne et le Japon ne va pas à l’encontre de la BRI chinoise. On constate, au contraire une volonté de ces trois puissances de renforcer leur coopération.

S’agissant de l’Europe, déjà, lors du dernier sommet Europe-Chine en avril 2019, les deux régions s’étaient engagées à développer des synergies entre la stratégie de connectivité Europe-Asie, le programme de réseau transeuropéen de transport et l’initiative « Belt and Road ».

Le nouveau partenariat de connectivité durable Europe-Japon ne semble pas avoir changé les relations entre Bruxelles et Beijing. Ainsi, le 9 décembre 2019, le nouveau président du Conseil Européen Charles Michel s’est entretenu par téléphone avec le président chinois Xi Jinping. Les deux dirigeants se sont engagés à renforcer les relations entre l’UE et la Chine. Xi Jinping a aussi déclaré vouloir signer rapidement un accord sur les investissements avec l’Union Européenne. 

Aujourd’hui, une majorité d’états membres de l’UE ont rejoint la Chine dans l’initiative « Belt and Road » et les états qui ne l’ont pas encore fait comme l’Allemagne ou la France, ont des entreprises très impliquées dans des projets BRI.

Le Japon, comme l’Union Européenne, n’est pas officiellement membre de la BRI, mais ses entreprises participent activement aux projets développés dans le cadre de la BRI. D’autre part, une réflexion est menée entre Beijing et Tokyo pour renforcer la connectivité en Asie. En manifestant son intention de participer dans plusieurs projets en Asie tels que le réseau « Blue Dot » ou le corridor de croissance Afrique-Asie, c’est probablement pour ne pas être marginalisé sur le continent asiatique.

Un projet complémentaire

Comme nous l’avons remarqué précédemment, les besoins en infrastructures sont immenses en Asie et donc le Partenariat de Connectivité et la BRI ne peuvent être que complémentaires. Il s’agit d’un outil parmi d’autres pour renforcer les échanges internationaux. L’Union Européenne, le Japon et la Chine se sont tous les trois exprimés contre le protectionnisme

L’ensemble des acteurs impliqués peuvent apprendre des uns et des autres. L’UE et le Japon peuvent offrir leur expérience et leurs hauts standards de gouvernance, quant à la Chine, elle peut apporter, entre autres, son haut degré de dévouement et d’implication pour mener rapidement des projets de qualité.  Pour Beijing, le projet de connectivité lancé par Bruxelles et Tokyo, qui reste encore relativement flou, peut être considéré comme une main tendue pour participer de manière multilatérale à la construction des nouvelles routes de la Soie.

De nouvelles réponses à la BRI chinoise (2) : le partenariat de connectivité durable UE-Japon
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