par Dr. Sébastien Goulard

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Dès le lancement de l’initiative « Belt and Road » en 2013, le port kenyan de Mombassa apparaissait dans le projet de connectivité chinois. De ce fait, le Kenya est l’un des partenaires majeurs de la Chine en Afrique. Plusieurs accords ont été signés entre la Chine et le Kenya.

Cependant malgré ces accords, la réalisation de projets liés à la BRI au Kenya fait face à certains obstacles. Ainsi, le 25 juin 2020, une cour d’appel kényane a déclaré illégal le contrat passé entre le  « Kenya Railways Corporation » et la « China Bridges and Railway Corporation » (CBRC) concernant la construction de la ligne de chemin de fer reliant Mombassa à Nairobi. 

Les accords sino-kényans

Le Kenya est l’un des états africains les plus impliqués dans la BRI. Plusieurs memoranda d’entente et accords ont été signés entre les deux états durant les dernières années, et dans tous les secteurs d’activités. Ainsi, plusieurs accords sont signés, notamment pour renforcer le tourisme chinois au Kenya en 2014, pour accroître les exportations agricoles kényanes vers le marché chinois et renforcer l’innovation en 2018.

La BRI et les stratégies de développement kényanes

Pour les autorités kényanes, la participation à la BRI devrait permettre d’accélérer la mise en place de ses stratégies de développement national.

Lancée en 2008, la Vision 2030 a pour objectif de faire du Kenya un nouveau pays industrialisé à l’horizon 2030 en s’appuyant sur trois piliers : économique, social et politique.

Il faut noter que le volet économique comporte notamment la création de zones économiques spéciales comme le port franc de Dongo Kundu dont la construction a commencé en 2018.

Cette vision est complétée par le « Big Four Agenda » annoncé par le président Uhuru Kenyatta en 2017. Ce plan vise:

1) à développer le secteur industriel, notamment en renforçant l’économie maritime, mais aussi le textile et l’agroalimentaire ;

2) à construire des logements à bas coûts et ainsi trouver des solutions aux problèmes d’urbanisation (500 000 logements pour 2023) ;

3) à offrir des services de santé à l’ensemble de la population ;

4) et enfin à développer l’agriculture pour combattre la malnutrition.

Ces priorités nécessitent d’importantes ressources et la modernisation des infrastructures du pays, ce qui fait que la BRI peut être un moyen parmi d’autres, pour le Kenya d’atteindre ces objectifs. Cependant certains projets de la BRI au Kenya font face à des obstacles.

La ligne Mombassa-Nairobi

Cette nouvelle ligne dont le contrat de construction a été dénoncé par un tribunal kényan est un axe structurant à la fois pour le programme Vision 2030 et la BRI au Kenya. Elle permet de relier Mombasa, le principal port du pays à la capitale Nairobi. Depuis 2019, elle est prolongée jusqu’à Naivasha au nord-ouest du pays et pourrait dans le futur rejoindre l’Ouganda.

Une ligne à voie étroite avait déjà été construite sur le même tracé par les Anglais, mais était en mauvais état depuis les années 1990, ce qui rallongeait la durée du trajet.  En service depuis juin 2017, des trains de passagers et de frets utilisent la ligne.

C’est l’un des projets d’infrastructures les plus importants au Kenya avec un budget de 3,2 milliards de dollars financé à 90% par des prêts à taux réduit accordés par la banque chinois EXIM. Construite par l’entreprise CRBC, la ligne est gérée par «  China Communications Construction Company » pour cinq ans.

La dispute

Depuis 2014, la « Law Society of Kenya » ainsi que d’autres plaignants dénoncent le caractère illégal de l’accord passé entre le gouvernement kényan et CRBC, en raison de l’absence d’appel d’offre. Le cas pourrait être encore examiné par la Cour Suprême du Kenya.

Ce n’est pas l’unique contrat de la BRI qui est remis en cause pour cause d’absence d’appel d’offre, des cas similaires se sont produits en Hongrie.

Il faut cependant noter que bien que présentée comme un projet de la BRI, la ligne ferroviaire Mombasa-Nairobi, a été pensée avant le lancement de l’initiative chinoise. Ainsi, dès 2009, sous la présidence de Mwai Kibaki, un premier accord est noué entre le ministère kényan des transport et l’entreprise chinoise CRBC sur la faisabilité de la ligne.

La centrale au charbon de Lamu

Ce n’est pas la première fois qu’un contrat ou projet entre entreprises kényanes et chinoises soit retoqué. Déjà, l’année dernière en juin 2019, le tribunal environnemental kényan avait annulé le permis attribué au consortium « Amu Power Company » pour la construction d’une centrale à charbon près de Lamu, dont la vieille ville est reconnue comme patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco. Cette centrale dont la construction devait initialement commencer en 2018 a été retardée. En raison de l’opposition des résidents qui reprochaient son impact environnemental et qui s’interrogeaient sur la nécessité pour le Kenya de développer l’énergie basée sur le charbon, le tribunal environnemental avait été saisi. Des entreprises chinoises sont membres du consortium et la banque chinoise « Industrial and Commercial Bank of China » devait en partie financer ce projet.

Malgré la décision du tribunal et le retrait de certaines institutions financières du projet, le projet pourrait tout de même voir le jour après la réalisation d’une nouvelle étude de l’impact environnemental. Cependant, comme le note Christoph Nedopil Wang, directeur du « Green Belt and Road Initiative Center », les projets de la BRI doivent mieux prendre en compte l’avis de la population locale et privilégier les énergies renouvelables qui sont de plus en plus compétitives.

Quel avenir pour la BRI au Kenya ?

Ces différents développements de la BRI au Kenya ne remettent pas en cause le partenariat entre le Kenya et la Chine, mais pointent les faiblesses des premiers projets de la BRI à savoir un possible manque de concurrence et une trop faible considération pour les questions environnementales. Ces limites sont connues des autorités chinoises qui développent aujourd’hui des projets qui offrent des solutions basées sur les énergies renouvelables et qui tentent d’ouvrir leurs projets aux entreprises étrangères afin d’augmenter la concurrence.  

Le Kenya et la Chine ont des intérêts communs, notamment pour faire converger les projets « Vision 2030 », « Big Four Agenda » et la BRI et ces décisions de justices ne menacent ce partenariat. Au contraire, elles peuvent permettre de mieux structurer les futurs projets BRI d’un point de vue légal. La prochaine étape de la BRI est donc de mieux coordonner l’aspect judiciaire de la BRI et de développer les mécanismes nécessaires à la résolution de disputes internationales.

Les obstacles à la BRI au Kenya
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