par Dr. Sébastien Goulard

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La crise du Covid-19 a un certain impact sur les relations sino-européennes. Cependant, même si les projets de la BRI en Europe connaissent un ralentissement, le partenariat sino-européen reste une priorité pour les deux parties.

Le 22nd Sommet Chine-Europe

Le 22 juin 2020, les dirigeants européens et chinois s’entretenaient par vidéoconférence à propos du futur de leurs relations. Lors de ce sommet virtuel, la Présidente de la Commission Ursula von der Leyen et Président du Conseil, Charles Michel, d’une part, et le Président Xi Jinping et le Premier Ministre Li Keqiang, d’autre part, ont pu échanger de manière franche sur l’évolution de leurs relations. Des désaccords persistent entre les deux blocs, notamment sur la question de Hong Kong, mais l’on constate que la Chine et l’UE se considèrent comme des partenaires avec qui travailler et reconnaissent leur interdépendance.

L’accord bilatéral d’investissement sino-européen

En raison de la crise du Covid-19, la conclusion de l’accord bilatéral d’investissement (ABI) entre la Chine et l’Union Européenne) a été reportée, mais devrait cependant être dévoilé à la fin de l’année 2020. Il s’agit d’un accord extrêmement ambitieux sur lequel la Chine et l’Union Européenne négocient depuis 2013. Lorsqu’il sera signé, il permettra de renforcer les échanges entre l’Europe et la Chine et facilitera les investissements dans les deux régions. Cet accord pourra faire de la relation sino-européenne le principal axe structurant du commerce mondial.

Cet ABI devrait remplacer les différents traités bilatéraux d’investissement existants entre la Chine et la majorité des membres de l’Union Européenne. Grâce à ce nouvel accord, les entreprises européennes auront un accès plus large au marché chinois, et n’auront plus besoin de passer par la création de joint-ventures.

Après la signature de ce futur traité, les entreprises européennes et chinoises jouiront des mêmes droits dans les deux régions. Cependant, il reste certains points sur lesquels un consensus reste à trouver.

Ainsi par exemple, il existe en Europe une certaine suspicion à propos des entreprises d’état chinoises. Depuis le mois de juin 2020, la Commission Européenne réfléchit à limiter les acquisitions en Europe par des entreprises publiques étrangères. Pour Bruxelles, ces acquisitions fausseraient la concurrence.

Une autre question concerne Huawei et le entreprises chinoises des hautes technologies. Par exemple, la France pourrait restreindre prochainement l’utilisation des équipements produits par Huawei pour l’installation de la 5G.

L’ensemble de ces dossiers complexes devra cependant être traité pour la bonne application du futur accord sur les investissements.

La BRI en Europe : ralentissement et attentisme

La crise actuelle  a rendu plus difficile la coopération et les projets de la BRI dans le monde, et notamment en Europe. En Grèce, l’un des états européens le plus impliqués dans la BRI, les projets sont retardés d’environ six mois, comme l’a affirmé M. Fotis Provatas, le président de la Chambre pour la Coopération Economique Greco-Chinoise. Plusieurs accords, notamment dans l’agriculture et le secteur bancaire doivent encore être étudiés, et devraient être signés après que des rencontres puissent se tenir à partir de septembre.

Cependant, la pandémie n’est pas l’unique cause de ce ralentissement. Si les pays européens et l’Union Européenne tardent à mettre en place un véritable partenariat avec la Chine, c’est aussi parce qu’ils attendent les résultats des prochaines élections présidentielles américaines en Novembre et les conséquences d’un éventuel accord commercial sino-américain sur l’Europe.

La question de la transparence

Malgré la crise du Covid-19, certains projets de la BRI en Europe progressent tout de même ; c’est le cas notamment de la ligne ferroviaire Budapest-Belgrade. Cependant ce projet est régulièrement pointé du doigt par l’Europe pour son manque de transparence, mais dans ce cas, ce n’est pas la partie chinoise qui est à blâmer, mais les Européens.

Depuis 2013, la Hongrie et la Serbie espèrent construire une nouvelle ligne ferroviaire plus rapide pour connecter leur capitale, grâce à la technologie et un financement chinois. Du côté serbe, la construction de cette ligne a débuté en 2017, et devrait se terminer à la fin de l’année. En Hongrie, par contre, la réalisation de ce projet a pris du retard, notamment parce que ce projet ne suivait par la réglementation européenne en matière d’appel d’offre. Il faut donc attendre 2018, pour qu’un consortium sino-hongrois soit en charge du projet.

Cependant, ce n’est qu’en avril 2020, qu’un accord sur le financement de cette ligne a été trouvé entre la Chine et la Hongrie. Selon cet accord, 85% du coût de ce projet, estimé à 1,65 milliards d’euros, serait financé à travers un emprunt auprès de la Chine à 2,5%. Mais les détails de cet accord n’ont pas été rendus publics. En effet, son contenu a été classé pour une période de 10 ans par le gouvernement hongrois à la fin du mois de mars.

Cette absence de transparence de la part d’un état européen, pourrait fragiliser les futurs projets de la BRI en Europe, et promouvoir une mauvaise image de la BRI. Il est donc nécessaire d’une part que la Chine insiste pour rendre les projets de la BRI encore plus transparents, et que du côté européen, il y ait une véritable stratégie commune sur cette question.  La BRI peut être une chance pour l’Union Européenne de participer pleinement à un partenariat avec la Chine.

La BRI en Europe dans le contexte du Covid-19
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