par Dr. Sébastien Goulard

Début 2021, le conseiller d’État et ministre des Affaires étrangères Wang Yi a entrepris une mini-tournée en Asie du Sud-Est et s’est ainsi rendu au Myanmar, en Indonésie, à Brunei et aux Philippines.

Au Myanmar, Wang Yi a rencontré le président U Win Myint, le commandant en chef des services de défense Min Aung Hlaing et le conseiller d’État Aug San Suu Kyi. Ensemble, les dirigeants chinois et birmans ont discuté du développement du Corridor Economique Chine-Myanmar et de l’amitié « Paukphaw » (fraternelle) qui lie les deux pays.

L’Amitié « Paukphaw » entre la Chine et le Myanmar

La Chine et le Myanmar entretiennent d’excellentes relations bilatérales ; le Myanmar a été parmi les premiers pays non communistes à reconnaître la République Populaire de Chine en 1949. Depuis, le Myanmar et la Chine ont toujours adopté des politiques de bon voisinage. Lorsque le Myanmar a mené des réformes politiques en 2011, la Chine a montré son soutien à son voisin et a choisi de continuer à investir au Myanmar.

L’année dernière, en 2020, le président Xi Jinping s’est rendu au Myanmar et y a présenté le principe de la “communauté sino-birmane avec un avenir commun”. Le Myanmar, pays en développement qui s’ouvre sur le monde, peut tirer les leçons de l’expérience chinoise. Selon le président chinois, la communauté sino-birmane avec un avenir commun consiste en un alignement rapide de la stratégie de développement des deux pays. Cet objectif sera atteint grâce à une coopération et coordination accrues. La Chine et le Myanmar ont convenu de travailler sur un plan de coopération quinquennal. Ils ont également adopté certains mécanismes intergouvernementaux tels qu’un Comité mixte Chine-Myanmar de coopération économique, commerciale et technique et un Comité de coopération agricole Chine-Myanmar. Une coordination plus forte entre la Chine et le Myanmar accélérera sans aucun doute les nombreux projets en cours de développement au Myanmar.

Le Corridor Economique Chine-Myanmar

Lorsque le président Xi Jinping a lancé l’initiative « Belt and Road » (BRI) en 2013, le Myanmar a rejoint le projet avec enthousiasme, et le Corridor Economique Chine-Myanmar (CECM) est devenu un segment majeur de la BRI. Avant le lancement de la BRI, le Myanmar accueillait déjà plusieurs projets d’infrastructure financés par la Chine, mais le CECM a donné une impulsion nouvelle aux investissements chinois dans le pays.

Pour la Chine, le CECM offre aussi d’importants avantages. Premièrement, le CECM, grâce aux nombreux projets d’infrastructure, rendra son voisin du Sud-Ouest plus stable et prospère. Avec le CECM, la province du Yunnan se voit attribuer un rôle plus central en Asie du Sud-Est ; Kunming, la capitale provinciale, sera ainsi mieux connectée aux pays d’Asie du Sud-Est. Avec les nouvelles infrastructures BRI, la Chine aura aussi un accès direct à l’océan indien. Un gazoduc et un oléoduc ont déjà été construits entre le littoral du Myanmar et Kunming.

Quelques retards et ralentissements

Plusieurs projets BRI au Myanmar ont subi des retards ou ont été reportés, mais cela ne signifie en aucun cas que le pays n’est plus intéressé par l’initiative chinoise.

Premièrement, comme indiqué précédemment, le Myanmar est en train de mettre en place des réformes économiques et politiques majeures et, par conséquent, sa stabilité reste fragile. Le Myanmar doit examiner attentivement l’impact des projets BRI. Le pays, à mesure qu’il devient plus inclusif et démocratique, doit accorder plus d’attention aux demandes locales, c’est pourquoi, par exemple, la construction du barrage de Myitsone (un projet BRI) a été temporairement suspendue, en raison des préoccupations locales concernant les conséquences environnementales.

Le Myanmar est composé d’états et de régions différents et, dans le passé, a dû faire face à certains mouvements séparatistes. En conséquence, Naypyidaw doit être très prudent dans la sélection des projets d’infrastructure afin de ne pas favoriser une région par rapport aux autres.

En outre, le Myanmar a des capacités de financement limitées (en 2020, le PIB nominal par habitant du Myanmar était le plus bas parmi les pays ASEAN), et Naypyidaw ne peut donc sélectionner que quelques projets à financer.

Le Myanmar continue de s’ouvrir sur le monde et souhaite attirer des investisseurs non seulement de Chine mais aussi d’autres pays ; c’est pourquoi, par exemple, le gouvernement a choisi de proposer de nouveaux appels d’offres pour la construction de la nouvelle ville de Yangon, et veut donc diversifier ses partenaires commerciaux et investisseurs.

En raison des  certains projets de la BRI au Myanmar ont été retardés, mais Naypyidaw est bien conscient des avantages offerts par le CMEC.

Projets actuels du CMEC au Myanmar

This image has an empty alt attribute; its file name is cmec-oboreurope.jpg

Les projets actuels de la BRI au Myanmar n’incluent pas seulement des pipelines, mais aussi des zones économiques spéciales (ZES), des ports, des autoroutes et des lignes de chemin de fer.

Sur le littoral de l’océan Indien, la Chine et le Myanmar ont convenu de développer le port en eau profonde de Kyaukphyu et de construire une ZES dans cette ville. Dans l’État de Shan, une zone de coopération économique frontalière sino-birmane doit s’ouvrir aux entreprises birmanes, chinoises et étrangères pour apporter le développement dans la région.

Un autre projet est le développement de la ville de New Yangon qui accueillera de nouvelles industries et entreprises étrangères à côté de l’ancienne capitale.

Un jour avant l’arrivée de Wang Yi au Myanmar, Beijing et Naypyidaw ont signé un mémorandum d’accord pour mener une étude de faisabilité sur la construction du chemin de fer Mandalay-Kyaukphyu. En 2018, la Chine et le Myanmar ont déjà signé un accord similaire d’étude sur une éventuelle ligne reliant Mandalay à Muse à la frontière chinoise. Lorsque la construction de cette nouvelle ligne sera achevée, elle deviendra un axe majeur de développement au Myanmar, elle aidera également les entreprises chinoises à contourner le détroit de Malacca et à raccourcir les itinéraires de fret du Moyen-Orient, riche en pétrole, vers la Chine. Pour le Myanmar, c’est aussi l’occasion de faire du futur port de Kyaukphyu un hub majeur reliant l’Asie du Sud-Est au reste du monde.

Au Myanmar, la BRI est étroitement liée à la stratégie nationale de développement. Lorsque la construction des voies ferrées et des ports prévus sera effective, le Myanmar pourra attirer davantage d’entreprises étrangères (et pas uniquement chinoises). Comme d’autres pays en développement, il peut être difficile pour les entreprises d’avoir accès à toutes les régions en raison du manque d’infrastructures. Grâce à la BRI, ce problème sera résolu.

Malgré les retards, le CECM est devenu une composante essentielle de la stratégie nationale du Myanmar.

Développements récents

Le 1er février 2021, les militaires du Myanmar organisait un coup d’état, et les membres du gouvernement civil ont été arrêtés. Ce changement politique aura immanquablement des conséquences sur le CECM, et pourrait retarder à nouveau certains projets.

Il deviendra plus difficile d’internationaliser les projets de la BRI au Myanmar. Les entreprises privées chinoises et internationales pourraient se détourner du pays, en raison de son instabilité.

La BRI chinoise dans les états de l’ANSEA (1/4): le CECM
Étiqueté avec :                                        

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*