par Dr. Sébastien Goulard

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Le 15 septembre 2021, lors de son discours sur l’état de l’Union, la présidente de la Commission de l’Union européenne (UE), Ursula von der Leyen, a annoncé le lancement prochain de l’initiative Global Gateway. Ce programme de connectivité, qui n’a pas encore été présenté, vise à mieux connecter l’UE au monde et à faire de l’UE un acteur mondial.

Le Global Gateway

Bien que nié par les institutions de l’UE, les médias décrivent le Global Gateway de l’UE comme un rival de l’initiative chinoise “Belt and Road” (BRI). Dans son discours, von der Leyen a souligné que « cela n’a pas de sens que l’Europe construise une route parfaite entre une mine de cuivre sous propriété chinoise et un port également sous propriété chinoise. ». Sa déclaration vise sans aucun doute les investissements de la Chine dans les pays émergents et en développement et le fait que les projets soutenus par l’UE à l’étranger pourraient ne pas profiter aux entreprises européennes.

Le Global Gateway aidera à la construction de nouvelles infrastructures de qualité pour stimuler les échanges entre l’Europe et le monde, mais aussi pour mieux intégrer les chaînes d’approvisionnement. Un autre aspect du Global Gateway concerne le développement des technologies vertes et numériques, un secteur où l’UE montre quelques faiblesses par rapport aux États-Unis, à la Chine ou encore à la Corée du Sud.

Avec le Global Gateway, l’UE s’engage également à proposer des projets avec des normes de gouvernance élevées. L’objectif est d’accompagner les pays en développement vers la prospérité sans poser de menaces de dépendance.

Pour von der Leyen, le Global Gateway aidera l’UE à développer de nouvelles relations dans l’Indo-Pacifique, une région d’une importance croissante pour la « prospérité et la sécurité » de l’UE. Cependant, la portée du Global Gateway ne se limitera pas à l’Asie ; dans son discours, von der Leyen a évoqué un projet de câble optique entre le Portugal et le Brésil et quelques projets énergétiques en Afrique. Le Global Gateway pourrait finalement contenir la plupart des projets de connectivité soutenus par chaque membre de l’UE, ce qui donnerait une image forte de l’UE.

Une véritable concurrence ?

Bien que le Global Gateway et la BRI puissent être considérés comme des concurrents potentiels, il est très peu probable qu’il y ait une confrontation sérieuse entre l’UE et la Chine au sujet de la construction d’infrastructures dans des pays tiers. Certaines grandes entreprises européennes sont déjà impliquées dans certains programmes BRI et pourraient également participer à des projets Global Gateway. L’initiative européenne pourrait interdire aux entreprises publiques chinoises de s’impliquer directement dans des projets soutenus par l’UE, mais les entreprises chinoises pourraient toujours participer à des consortiums dirigés par des entreprises européennes.

Un aspect positif pour les pays en développement est qu’ils auront plus d’options sur les projets qu’ils souhaitent mener et la Chine et l’UE devront faire les meilleures offres pour mener ces projets.

Il est également probable qu’il pourrait y avoir une certaine coopération, ou au moins une certaine coordination, entre les projets BRI et Global Gateway. Les pays hôtes pourraient préférer inclure à la fois les projets soutenus par l’UE et la Chine afin de maintenir des relations équilibrées avec les deux puissances.

Les défis à relever

Nous n’avons actuellement pas suffisamment de détails sur le Global Gateway de l’UE pour évaluer l’initiative et la comparer avec la BRI chinoise. Le montant des ressources consacrées au Global Gateway n’a pas été divulgué et il n’y a aucune information sur les mécanismes financiers utilisés pour les projets du Global Gateway, bien que von der Leyen ait déclaré que pour ces projets, l’UE « mettra en relation les institutions et les investisseurs, les banques et la communauté des entreprises » et dépendra ainsi en partie du secteur privé.

L’UE est à juste titre fière de la transparence et de l’ouverture de son initiative. Cependant, Ses normes élevées peuvent rendre les projets de l’UE plus difficiles et plus longs à mener, et une approche unique peut ne pas être le bon format pour chaque projet, en particulier dans les pays qui ont besoin de construire rapidement des infrastructures pour faire face aux défis d’une urbanisation à grande échelle.

L’initiative Global Gateway reflète la recherche d’autonomie stratégique de l’UE, mais on ne sait toujours pas dans quelle mesure ce nouveau programme sera indépendant. Y aura-t-il une quelconque coordination avec le programme « Build Back Better » promu par les États-Unis ? De plus, les pays de l’UE ne partagent pas la même vision des régions où l’UE doit accroître ses intérêts. Cela peut empêcher le Global Gateway d’être mis en œuvre en douceur dans le monde entier.

Le projet de l’UE peut offrir une nouvelle solution pour les pays en développement afin de résoudre des problèmes spécifiques de développement d’infrastructures. Cependant, l’UE doit faire attention à ne pas qualifier ce projet de rival de la BRI chinoise, car les pays hôtes pourraient ne pas être prêts à choisir entre l’Europe et la Chine.

Le Global Gateway européen

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