Le 21 août 2018, le premier ministre malaisien, fraîchement élu, Mohamad Mahathir annonçait l’annulation de trois projets de la BRI en Malaisie. Il s’agit d’un  projet de ligne à grande vitesse de la côte Est et deux pipelines qui devaient tous les trois être construits par des entreprises chinoises dans le cadre de l’initiative “Belt and Road”. Le gouvernement malaisien avait déjà annoncé l’arrêt de ces travaux le 4 juillet 2018.

La Malaisie toujours impliquée

Cette décision a été considérée pour certains comme une remise en question de la BRI, cependant la Malaisie reste impliquée dans la BRI. La Malaisie a été l’un des premiers états à rejoindre la Chine sur les routes de la Soie, et le président Mahathir n’a pas pour objectif de changer cette politique. Lors de sa rencontre avec le président chinois Xi Jinping fin août 2018, il a déclaré:  “l’initiative chinoise de la “Belt and Road” va promouvoir les échanges régionaux et la coopération, ce qui bénéficiera à l’ensemble des pays de la région,” et a affirmé que la Malaisie participera activement à la construction des nouvelles routes de la Soie.

Le problème du financement

Cette décision, est avant tout, une réponse à un problème de politique intérieure. La diminution de la dette est l’un des éléments du programme du nouveau gouvernement. La dette de la Malaisie qui atteindrait les 250 milliards de dollars inquiéterait les marchés. Le gouvernement de Mahathir espère donc diminuer la dette de son pays en annulant les projets qui ne sont pas indispensables pour le moment.

Selon la nouvelle administration, l’ancien gouvernement aurait sous estimé les coûts de ses projets. La nouvelle ligne à grande vitesse  nécessiterait près de 20 milliards de dollars (au lieu de 13,4 selon l’ancien gouvernement).

Dans un premier temps, le 4 juillet, le nouveau premier ministre malaisien avait annoncé l’arrêt des projets et de possibles  renégociations avec les entreprises chinoises. Mais aux vues des nouvelles estimations, Mahathir a préféré annuler ces projets.

Le 4 juillet, l’ancien premier ministre, qui a perdu les élections de mai 2018,  Najib Razak  a été mis en examen pour corruption. Certains membres de l’administration précédente auraient reçu de manière non adéquate des fonds provenant de  1Malaysia Development Berhad, un fond souverain de Malaisie. La décision du premier Mahathir d’annuler les projets de la BRI devrait permettre de mettre fin à certaines pratiques.

Des projets BRI à Malacca

L’annulation du projet de ligne ferroviaire de la côte est ne signifie pas que l’ensemble des projets de la BRI en Malaisie soit interrompu. Les programmes financés avec des fonds privés sont maintenus. Ainsi, le programme  Melaka Gateaway devrait se poursuivre. Ce projet consiste en la construction de trois îles artificielles à Malacca et devrait accueillir un nouveau

port en eau profonde

La BRI et la “Look East Policy”

Mohamad Mahathir espère aussi relancer la “Look East Policy” qu’il avait inauguré en 1982. Elle consistait alors à attirer les investisseurs étrangers dont le Japon pour développer des industries en Malaisie.

La nouvelle “Look East Policy” aurait aujourd’hui  comme objectif de créer des emplois dans les hautes technologies. Mahathir s’est rendu au Japon du 10 au 12 juin 2018 pour discuter de cette mesure avec Shinzo Abe. On peut imaginer que la nouvelle”Look East Policy” puisse être

coordonnée avec la BRI.

Plus de coordination

L’arrêt du projet de ligne ferroviaire en Malaisie nous montre aussi que le développement de la BRI demande plus de coordination entre les différents états. La décision prise par Mahathir semble raisonnable  car elle permet d’éviter l’endettement de son pays, mais de nouveaux mécanismes devraient être mis en place pour partager la charge financière de ces projets qui bénéficieront à l’ensemble des états d’Asie. La création d’un comité de coopération réunissant la Chine et le Japon sur les questions du rail est un premier pas, mais  il faut multiplier ce genre d’initiative.

La ligne de l’est de la Malaisie constitue une section majeure du corridor économique qui

devrait relier à terme Kunming à Singapour. Il est nécessaire que la Chine et les pays d’Asie renforcent leur coopération pour assurer le développement de ces projets.

 

Les projets de la BRI en Malaisie, un nouveau départ?
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