par. M. Mike Healey et Dr. Sébastien Goulard

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Le 6 juillet 2021, Stuart Lau (Politico) a publié un article sur une possible réponse à la BRI formulée par l’Union européenne. Selon Lau, les gouvernements de l’UE devraient demander à la Commission de préparer une liste de « projets à fort impact et visibles » pour les six prochains mois.

Si cela se confirme, cela signifie que les États membres de l’UE envisagent de lancer une version européenne de l’initiative “Belt and Road” (BRI). Stuart Lau note que l’UE devra trouver un nom accrocheur pour son programme aussi attrayant que la BRI. Mais BRI est bien plus qu’un simple nom et un logo.

Un manque de cohérence

La principale question à laquelle la Commission est confrontée est de savoir comment instaurer la confiance dans ce projet. Avant ce projet, l’UE a travaillé sur des initiatives qui visaient également à renforcer la connectivité entre l’Europe et l’Asie. En septembre 2018, le programme stratégique européen sur la connectivité entre l’Europe et l’Asie a été dévoilé par Federica Mogherini, alors haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Puis, en septembre 2019, l’UE et le Japon ont inauguré le partenariat pour une connectivité durable et une infrastructure de qualité, afin d’offrir un soutien aux pays asiatiques pour leurs projets d’infrastructure.

Début juin 2021, les dirigeants des plus grandes économies européennes (Allemagne, France, Italie) et des représentants de l’UE semblaient soutenir la proposition du président Biden de créer le programme « Build Back Better World » (B3W) destiné à concurrencer la BRI chinoise.

Ces changements constants rendent la stratégie de l’UE difficile à suivre pour les pays et les entreprises partenaires potentiels. Pourquoi un pays en développement rejoindrait-il l’initiative de l’UE si l’étendue et la durée du programme ne sont pas encore définis ? et ne serait-il pas plus sûr de s’impliquer dans la BRI, une initiative inscrite dans la constitution de la République Populaire de Chine ?

Il existe également des problèmes concernant la participation des États membres de l’UE à cette initiative. S’il est clair que la France, l’Allemagne et les Pays-Bas seront intéressés par le développement de programmes de financement et de construction d’infrastructures à l’étranger, certaines de leurs entreprises nationales pouvant bénéficier de contrats, il sera plus difficile de convaincre d’autres membres de l’UE « plus petits » comme la Roumanie et La Bulgarie, dont le PIB par habitant est inférieur à celui du Brésil ou du Chili, de contribuer au développement de grandes économies en Asie, en Afrique ou en Amérique du Sud.

Un projet européen : pris en sandwich entre les États-Unis et la Chine

Dans le cas où la Commission européenne, poussée par les États membres à promouvoir ce nouveau projet comme un rival de la BRI, elle doit s’attendre à une réponse de la Chine. La BRI n’est pas parfaite et souffre de défauts tels que les problèmes d’endettement qu’elle peut créer dans les États participants, mais c’est un mécanisme fiable. La BRI est relativement généreuse. On ne sait pas encore le montant des ressources que l’UE consacrera à ce projet, mais il est évident qu’une UE post-pandémique aura des difficultés à financer des projets en dehors du marché unique.

Une éventuelle initiative de l’UE pourrait également ne pas être la bienvenue à Washington qui pousse le programme B3W. Selon Politico, l’Amérique latine (avec l’Afrique) serait une destination privilégiée du futur programme de l’UE. Mais cette région est au centre de la diplomatie américaine depuis que la doctrine Monroe a été énoncée pour la première fois en 1823. Il sera très difficile pour l’UE de développer son propre programme entre ceux des États-Unis et de la Chine.

Un nom accrocheur peut ne pas suffire à lutter contre la concurrence des États-Unis et de la Chine, et à combler son retard.

Quelle coopération ?

La Chine a invité l’Europe à rejoindre la BRI, et plusieurs États européens ont accepté cette offre. La plupart des pays d’Europe occidentale ont montré des réticences, mais un certain nombre d’entreprises européennes des secteurs de la construction, de l’énergie ou de la finance sont impliquées dans la BRI. La question à se poser est « Qu’arrivera-t-il à ces pays et entreprises si l’UE lance un projet concurrent ? ».

Il sera important de maintenir la coopération au cœur des relations UE-Chine. Si l’UE souhaite développer une initiative visant à financer des projets d’infrastructure à l’étranger, elle ne doit pas être présentée comme une alternative à la BRI, mais comme un programme parallèle complémentaire.

La BRI, plus qu’un simple logo
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